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La formation à Microsoft 365 en panne sèche

Photo du rédacteur: Christophe COUPEZ
Christophe COUPEZ
27 août
32 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août

L'an dernier je postais cet article (cliquez) dans lequel je racontais mes aventures au volant d'une voiture de location ultra moderne au Canada. Pour en profiter pleinement et en toute sécurité tout au long de notre séjour, j'avais passé mon premier soir à l'hôtel à parcourir sur mon smartphone les 600 pages de sa documentation en ligne. Bien m'en a pris, car elle fourmillait d'options qui nous ont été bien utiles. Notez bien que c’était la première fois de ma vie d'automobiliste que la lecture « du mode d’emploi » d’un véhicule m’avait semblé absolument nécessaire.

C’est un fait : plus on avance dans le temps, plus tout se complique dans le but paradoxal de nous faciliter la vie.

C’est vrai pour les voitures qui deviennent de vrais iPad sur roues avec des assistances à la conduite et des automatismes : quand la voiture tourne le volant ou freine toute seule, mieux vaut savoir pourquoi, et savoir désactiver si besoin.

C'est vrai aussi pour bien d’autres choses de la vie courante.

Bien évidemment, on trouve aussi cette complexification dans la vie professionnelle dans le but louable et toujours paradoxal de nous simplifier le quotidien. C’est le cas en particulier avec Microsoft 365 et sa vingtaine d’outils qui, s’ils sont réellement et correctement utilisés peuvent apporter de sérieux gains d’efficacité, de productivité mais aussi un bien meilleur confort au travail, cette fameuse expérience employé dont je parle dans cet article : "Améliorer l'Expérience Employé avec Microsoft 365".

Mais pour en profiter réellement encore faut-il que les salariés aient au minimum simplement connaissance de l’existence de ces outils et bien entendu, qu'ils sachent les utiliser. Bref, cela nécessite de l'accompagnement et de la formation.

Et pourtant, je constate que la formation à Microsoft 365 au sein des entreprises est en panne sèche depuis quelques années, alors que dans le même temps l’écosystème s’enrichit de plus et évolue de plus en plus vite ce qui nécessiterait au contraire toujours plus d’accompagnement. C'est un vrai paradoxe qui méritait un article.

Bref, j'ai cherché les raisons possibles de ce désamour de la formation au fil des années et ses conséquences : c'est le fruit de ces réflexions que je partage dans cet article dont la rédaction (100% naturelle sans IA ajoutée - je précise) m'a donné du fil à retordre tant la question de la formation en entreprise est devenue un sujet fort complexe.


1/ Un écosystème de travail qui se complexifie de plus en plus

Lorsque j’ai commencé à travailler en 1996, les seuls outils dont je disposais pour travailler et collaborer avec mes collègues étaient le serveur de fichiers pour stocker et partager les documents, la messagerie MsMail (ancêtre d’Outlook), les outils Word, Excel et PowerPoint. Je travaillais sur un "Compatible PC" avec Windows 3.11.

Ne riez pas : c’était le summum de la modernité à une époque où toutes les entreprises n'étaient pas encore toutes équipées d’ordinateurs, encore moins d'un réseau informatique, d'une messagerie, d'un serveur informatique et d’un accès à internet.

Au fil des années, l'écosystème de travail s'est enrichi. Dans cet ancien article (Microsoft 365 : attention à la marche !), j'avais illustré cet enrichissement avec l'image d'un escalier qui évoque l'évolution des outils :

Il y a eu l'arrivée de l'intranet (avec l'avènement du Web), SharePoint (en 2001), mais aussi les Réseaux Sociaux d'Entreprise dès 2009 (dans le sillage du succès de Facebook), tous les outils de Microsoft 365 (planner, Lists, ), les outils de la Power Platform, etc. Dernière innovation en date bien entendu : l'IA, avec Copilot dans l'univers Microsoft 365.

Ce sont des marches qu’il faut monter progressivement. Cela pose souci car de nombreuses entreprises sont encore au rez de chaussée des usages, tout en ayant la prétention d’utiliser l’IA dans leur entreprise. Comme on me l'a dit "on a déjà loupé le virage de Teams (...), on ne voudrait pas louper celui de Copilot "

Sauf qu'on ne peut pas impunément "sauter des virages" sans se prendre le ravin.

Dans le même temps, des outils (et leurs usages associés) ont disparu, comme le fameux Fax (même si on voit encore des numéros de fax dans des signatures de mail 😀) .

Bien évidemment, l'enrichissement de cet écosystème implique forcément de la complexification, car plus on a d'outils, plus il y a d'opportunités bien entendu, mais plus il faut apprendre & comprendre leur positionnement de chaque outil par rapport aux autres, et plus il faut apprendre à LES utiliser.

C’est un peu comme ma voiture au Canada : c’est génial qu’elle soit bourrée d’options mais si je ne sais pas que ces options existent et si je ne sais pas les utiliser, à quoi ça me sert ?

Mais il n'en reste pas moins que l'adoption est compliquée. Par exemple, en 2026 mes clients me demandent encore et toujours d'insister auprès de leurs salariés sur la différence d’usage entre SharePoint et OneDrive, alors que ces deux outils existent respectivement depuis 19 et 25 ans. Et je dois toujours expliquer les basiques de Teams alors que l'outil va bientôt fêter ses 10 années d'existence.

Comme quoi, ce n’est pas parce qu’un outil existe depuis 10 ou 20 ans que la formation n'est plus nécessaire.

Au final, les entreprises ont beau équiper au prix fort leurs salariés d'outils du 21ième siècle, faute d'accompagnement et de formation, la majorité des salariés a conservé les USAGES d’il y a 30 ans avec la messagerie et le serveur de fichiers, comme je l'explique dans cet article : Les entreprises toujours accros aux mails.

On comprend donc pourquoi les entreprises râlent contre les hausses de prix des licences que l'éditeur justifie par plus d'évolutions et plus de possibilités (notamment avec l'IA) alors que les entreprises n'utilisent en réalité que 5% de ces fonctionnalités : acheter des licences Microsoft 365 complètes pour uniquement utiliser la messagerie Outlook, avouez que ça fait cher du mail.

Ains, quand je croise de jeunes cadres dans vos entreprises à l'occasion de mes audits, très souvent le quotidien qu'ils me racontent ressemble furieusement à mes toutes premières années professionnelles il y a 30 ans et croyez moi, ça me fait toujours un choc.

Certes, depuis seulement quatre ans, certain(e)s utilisent maintenant Copilot ou ChatGPT mais - sauf exceptions, ces usages sont rarement sophistiqués. L'IA est encore souvent utilisée comme un pansement sur une jambe de bois pour compenser des lacunes : en rédaction notamment ou en maîtrise des outils bureautiques de base (Excel, PowerPoint, …). Nous y reviendrons…


2/ L'évolution de la formation au fil des années

Au début de ma carrière en 1996 l’écosystème digital était donc très simple puisque qu’il se résumait aux quelques outils que j’ai évoqués. Et pourtant, à cette époque, l’effort de formation était important.

Par exemple à mon arrivée dans la holding du Groupe Bouygues comme auditeur informatique, je me souviens encore de ma formation (obligatoire) à la messagerie MsMail dans le magnifique bâtiment Challenger de Guyancourt. Cette formation avait duré toute une journée : il faut dire que la messagerie était une grande nouveauté pour beaucoup, mais comme le sont aujourd’hui Teams (...) ou Copilot.

Pendant cette journée de formation, on nous avait expliqué les principes d’une messagerie électronique, les usages, les fonctionnalités, les consignes et les bonnes pratiques au sein du Groupe. On nous avait appris à trouver les bons contacts dans le Groupe, à envoyer des mails et y répondre correctement, à les classer dans des dossiers, à y joindre des documents, à gérer nos contacts, à monter correctement des réunions, à mettre des messages d’absence, etc. On nous parlait aussi de la netétiquette, ce fameux code de conduite et de politesse à respecter : les façons de s'exprimer, les formules de politesse à appliquer, etc. Et on faisait quelques exercices entre nous.

Plus tard, chez Bouygues Telecom, tous les ans je devais impérativement choisir une ou deux formations au sein du catalogue de formations proposé par l'équipe RH.

J'avais le choix entre des formations à des outils ou à des méthodes (agilité, etc), ou des séminaires de découverte de nouveaux concepts : c’était vraiment génial pour prendre du recul sur les innovations et les découvrir avec un expert de la question.

C’est justement à l'occasion d'un séminaire consacré au Cloud que j’avais rencontré le légendaire Louis Naugès, l’inventeur du mot « bureautique ». Presque 20 ans plus tard, j'avais eu la chance de l'interviewer pour mon site digital-retro.fr quelques mois avant sa disparition (lire : Témoignage : Louis Naugès).

Toutes ces formations, bien entendu, avaient pour objectif de m’accompagner dans ma progression professionnelle et c’était une vraie chance pour moi mais aussi pour mon entreprise qui s'assurait ainsi que ma formation répondait très exactement aux besoins de mon poste.

Mais depuis, les choses ont sacrément changé.

En premier lieu, une grande majorité des salariés rencontrés au cours de mes missions se plaignent de ne pas avoir été formés aux outils de Microsoft 365, même aux plus essentiels (Teams, OneDrive, SharePoint, ...). Je ne parle même pas des autres outils comme Planner, To Do, Lists, Forms : dans 90% des cas, mes interlocuteurs n'en ont même jamais entendu parler.

Bref, la formation aux outils de travail ne semble plus être considérée comme une priorité. Il semblerait même que bénéficier d’une formation à ces outils devient l’exception plutôt que la règle. Cela touche tous les domaines, comme me le confirmait récemment mon collègue, spécialiste de la Power Platform à qui j'en parlais récemment : "mes clients ont réellement besoin et envie de former leurs collaborateurs à la Power Platform pour en faire des "makers" mais ils n'ont pas le financement pour le faire".

Quand des formations sont proposées, elles sont souvent très courtes, pour ne pas dire minimalistes. On m'a déjà demandé d'animer à la chaîne des formations à Teams de 30 minutes : j'avais refusé car c'est largement insuffisant et donc parfaitement inefficace. Par exemple, ma vidéo gratuite de formation à Teams dure une heure et pourtant je n'ai fait que survoler le sujet.

Les managers sont souvent hors circuit de ces formations. Déjà, à la base, les managers ne se sentent pas souvent concernés par les formations aux outils. Mais surtout, il est très rare qu’ils bénéficient de séminaires spécifiques qui leur permettent de comprendre les opportunités des outils pour leur équipe, le rôle qu’ils ont à jouer dans la transformations et les postures qu'on attend d'eux. C'est vraiment dommage car les managers jouent un rôle crucial dans la réussite de la transformation digitale de l'entreprise.

Ces formations sont le plus souvent incomplètes : ce sont souvent et uniquement des formations à Teams, parfois OneDrive, ou moins souvent SharePoint, mais jamais aux autres outils qui contribuent pourtant à l'efficacité globale des salariés (Planner, Lists, Loop, etc), comme si ces outils n'existaient pas ou ne servaient à rien, ce qui est une erreur. Et si Copilot (et l'IA en général) est assurément la star du moment dans les publications dans LinkedIn, il n’est pas mieux loti en termes d'accompagnement et de formation.

Plus grave, il est souvent impossible de faire inscrire dans le catalogue officiel RH des formations aux outils de Microsoft 365 pour tous les salariés ou des séminaires pour les managers. Dans une grande entreprise dont j'ai croisé la route et qui possède des milliers de licences Microsoft 365 depuis plus de cinq ans, j'avais trouvé dans le catalogue interne une formation pour "maîtriser sa messagerie", mais rien, absolument rien du tout sur les outils de Microsoft 365. Sur ce sujet, l’implication de la Direction des Ressources Humaines est essentielle comme je l’explique dans cet article : Microsoft 365 : pourquoi (et comment) les RH sont forcément concernées.

On peut aussi déplorer une baisse de l'envie des salariés en matière de formation. Effet Tik Tok baisse de l’attention ou pas assez de temps ? Souvent je croise des salariés qui se plaignent de ne pas être formés à Teams et d'être complètement perdus. Pour les aider, je leur fournis alors gratuitement le lien vers ma vidéo de formation. Ils me remercient chaleureusement mais quelques semaines plus tard, quand je leur en parle, je constate qu'ils ne l'ont jamais visionnée. La raison : ils n'ont pas eu le temps. Aujourd'hui, une vidéo d'une heure c'est trop long, même si ça remplace une demi-journée de formation. Il faudrait tout expliquer en deux minutes, ce qui n'est juste pas possible.

Le besoin de se former est bien là, mais l'envie d'apprendre n'y est pas forcément.

Je constate également un manque de réflexion de l'entreprise sur l'ambition autour des outils, les enjeux, sur les manières d'intégrer les outils dans le quotidien des salariés. Les entreprises limitent trop souvent leur accompagnement à la formation "basique" (comme pour former à Word) alors qu'il faudrait surtout former les collaborateurs aux usages de ces outils dans leur contexte métier précis, guidé par des stratégies d'usage d'entreprise comme je l'évoque plus loin dans cet article.

Enfin, ce que je remarque aujourd'hui, c'est l'infinie complexité du sujet « formation » pour les entreprises alors que sur le fond, c'est un sujet très simple. Toutes celles et ceux qui se sont plongés dans la norme "Qualiopi" ou dans les méandres administratifs autour du sujet de la formation (OPCO, etc) peuvent en témoigner : monter une formation aujourd'hui, c'est un vrai parcours du combattant administratif et financier. J’en parlerai plus en détail dans la suite de l’article.


3/ Des outils qui évoluent de plus en plus vite

Je dis souvent qu'en matière d'évolution de leurs outils, les éditeurs (dont Microsoft) vont à la vitesse d'un TGV alors que leurs utilisateurs les suivent en trottinette en roulant sur le ballast.

Je trouve que l'image est assez fidèle à ce que je constate dans les entreprises.

On assiste à une "course à l'échalotte" pour apporter le plus d'évolutions possibles, sans se soucier de perdre les utilisateurs sur la route. Cela contraste nettement avec la situation des années qui ont précédé Office 365 où, à l’inverse, la version de SharePoint (On-Premises) ne changeait que tous les 3 ou 4 ans maximum, ce qui n'était pas génial non plus. Mais aujourd'hui, Microsoft fait évoluer ses outils plusieurs fois par mois.

Même les experts ont du mal à suivre toutes les évolutions dans TOUT Microsoft 365, que ce soient la vingtaine d'outils de collaboration, la Power Platform ou Copilot. Je ne parle même pas de tout ce qui est sous la ligne de flottaison et qui concerne moins les utilisateurs finaux, comme les mécanismes de sécurité, d'authentification, etc. Il faut suivre et décrypter les annonces dans la Roadmap (cliquer ici) : c'est un boulot à temps plein !

Certains de ces changements ont de gros impacts sur les utilisateurs.

Pour Teams par exemple, la nouvelle disposition de canal par défaut (fil de discussion) dont j'ai beaucoup parlé dans cet article doit impérativement être expliquée et accompagnée comme je l'explique dans cette vidéo au risque que les utilisateurs se prennent "les pieds dans le tapis", comme je le vois régulièrement chez mes clients.

Quant à la nouvelle expérience de Teams dont j'ai parlé en détail dans cet article, la disparition soudaine de l'icône "Equipes" avait semé la panique chez les utilisateurs des entreprises qui ne font aucun accompagnement des évolutions : ils pensaient que leurs équipes avaient toutes été supprimées.

Bref, pour toutes ces raisons, formation et accompagnement sont aujourd'hui plus que jamais absolument nécessaires et indispensables.

Par contre, fort logiquement, la rapide évolution des outils complique singulièrement la préparation des formations et la production de vidéos tutoriels, entre apparition ou disparition de fonctionnalités, changement d'aspect des interfaces et même changement des logos des outils (ou de leur nom). Franchement, on a du mal à suivre et ces évolutions ont un coût financiers en termes de mise à jour des supports de formation, à la fois au sein des organismes de formation qui se doivent d'être constamment à jour, mais aussi au sein des entreprises qui gèrent elles-mêmes leur accompagnement.

Par exemple, il m'est arrivé il y a quelques années de finaliser un soir un support pour une formation à Yammer (qui s'appelle aujourd'hui Viva Engage) que j'allais animer le lendemain, avant de constater que dans la nuit, l’interface de Yammer avait changé chez mon client. Il m'avait fallu revoir toutes les captures d'écran et corriger certaines descriptions de fonctionnalités.

C'est l'autre petite blague : les déploiements des évolutions sont difficiles à prévoir. Les dates annoncées par Microsoft ne sont pas vraiment fiables.

Et même au sein d'une même entreprise, tous les collaborateurs ne vont pas forcément basculer en même temps sur la nouvelle version d'un outil. Certains auront la nouvelle interface, d'autres l'ancienne : avouez que faire des formations dans ces conditions, ce n'est pas très simple.

Ces derniers temps, le pompon revient à Copilot dont les évolutions sont vraiment difficiles à suivre, même pour certains experts avec qui j'ai pu en parler. Par exemple, voyez les dernières annonces pour Copilot en août 2026 dans ce post LinkedIn.

Changement de nom, changement de modèle tarifaire, ajout retrait ou modification de fonctionnalités dans tel ou tel outil, agents, Copilot Studio, ... Il y a de quoi s'y perdre en fonctionnalités, en concepts et en vocabulaire, même pour les consultants les plus experts dont c’est la spécialité. Sans compter tous les supports de formation à modifier en conséquence, ce qui oblige à partir à la chasse aux logos*, ...

*sauf erreur, Microsoft a beau changer de logos comme de chemise, il n'existe pas (à ma connaissance) de "catalogue officiel Microsoft " des logos des outils, ce qui rend la mise à jour des supports de formation encore plus compliquée. Si je me trompe et que ce catalogue officiel existe, indiquez le dans les commentaires LinkedIn lié à cet article.

Si vous ne proposez aucun accompagnement & formation sur le court, moyen et long terme, il n’y a aucune chance que les salariés réussissent à suivre le mouvement parce que le boulot de vos salariés, ce n'est pas de décrypter toutes les annonces de Microsoft.

Cette rapidité d'évolution n'encourage pas les formations : les décideurs ont l'impression (à juste titre) que former ne sert plus à rien, puisque tout peut changer le lendemain, comme nous le prouve l'actualité de Copilot. Un client m'avait dit un jour "oui, bien sûr on va proposer des formations, mais on attend que tout se stabilise". Devinez : il n'a jamais lancé les formations.

Dans ce contexte où tout va très vite, renoncer aux formations serait pire que tout. Il faut au contraire d’accentuer l’accompagnement pour ne pas perdre de salariés en chemin. Avant toutes choses, il faut une "bonne grosse formation de base" pour poser les fondations et tant pis si l'outil évolue le lendemain : les évolutions seront ensuite plus facilement comprises et acceptées. Pour annoncer ces évolutions, vous pourrez ensuite produire des contenus réguliers (articles ou vidéos, ou webinaires, …). J'en parle dans le chapitre 7 de cet article.

Mais proposer des formations, ça coûte cher aux entreprises et c'est compliqué, surtout avec le système de droit à la formation en France. Tiens, parlons en d'ailleurs...


4/ Le DROIT à la formation : l’usine à gaz à la française

Abordons maintenant le sujet qui fâche : est ce que le système français du droit à la formation encourage réellement les entreprises à former leurs salariés aux outils de travail, comme aux outils de Microsoft 365 ?

De 1971 à 2002, c'est la loi DELORS qui régissait le droit à la formation dans les entreprises. Cette loi obligeait les entreprises à consacrer une part de leur masse salariale à la formation de LEURS salariés, au travers de plan de formation et de congés de formation rémunéré. Selon la taille de l’entreprise, cela pouvait aller de 0,55% (entreprise de moins de 10 salariés) à 1,6% de la masse salariale pour les entreprises de plus de 20 salariés. Autrement dit, les collaborateurs bénéficiaient forcément de formations, puisque l'argent était bloqué à ce seul usage. Et si tout l’argent réservé à la formation n’était pas utilisé, il était tout de même perdu pour l’entreprise puisque reversé à un organisme collecteur, l’OPCA (ancêtre de l’actuel OPCO) : c’est ce qu’on appelait « la dépense libératoire ».

Caractéristique importante : à cette époque c'était l'employeur qui décidait avec le salarié de la formation la mieux adaptée pour le poste occupé, ce qui garantissait la bonne montée en compétence des salariés pour qu'ils soient les plus efficaces possibles dans leur travail. Sur le fond, ça semble logique.

Des années 1990 à début 2000, c'est la montée des droits individuels. Tout d’abord en 2004 avec le DIF (Droit Individuel à la Formation) : c’est un cumul d’heures de droit à formation, utilisable toujours avec l’accord de l’employeur.

Puis en 2014, c’est le changement de paradigme : le DIF est remplacé par le CPF.

Focus sur le CPF

Le Compte Professionnel de Formation n’est pas attaché au contrat de travail (et donc à votre poste au sein de l’entreprise), mais rattaché à vous, salarié. Pour le financer indirectement, toutes les entreprises de plus de 11 salariés sont tenues de verser 1% de leur masse salariale, via la contribution à la Formation Professionnelle. Comptez aussi une contribution additionnelle de 1 % sur les salaires versés en CDD, qui finance spécifiquement le CPF des salariés en CDD.

Mais le vrai bouleversement pour les entreprises, c’est que l’employeur n’a PAS son mot à dire sur l’utilisation que ses salariés font de leur droit à la formation au travers de leur CPF car c'est le CPF de l'employé, pas celui de l'entreprise.

Par exemple, si l’employeur estime que son collaborateur a besoin d’une formation à SharePoint, il n’a PAS le droit de lui demander d’utiliser son CPF dans cet objectif. Au contraire, le salarié peut choisir n’importe quelle formation même si elle n’a aucun rapport avec son travail, par exemple pour passer son permis de conduire moto.

👉 Soyons clair, avant qu'on ne m'accuse de critiquer le CPF : ce dispositif est clairement une excellente chose pour les salariés qui peuvent par exemple se former pour une reconversion sans être dépendant d'un employeur ou d'une quelconque autorité de tutelle. Pour l'entreprise en revanche, ça ne les aide pas à former leurs salariés en fonction des réels besoins de la société.

L’employé n’a besoin de demander l’accord de son employeur QUE s’il souhaite faire sa formation pendant son temps de travail, pour que ce temps soit rémunéré par son entreprise. Si le salarié n’obtient pas l’accord, ça ne l’empêche pas de suivre la formation qu’il a choisie, mais il doit prendre des jours de congé ou faire la formation le soir ou le week-end.

Plan de développement de compétence

Si l’entreprise souhaite imposer à ses salariés des formations à Microsoft 365, elle peut toujours le faire, mais via un « plan de développement de compétence » qu’elle doit financer EN PLUS de sa contribution de 1% au CPF, avec éventuellement des aides de financement de l’OPCO mais sous des conditions drastiques avec Qualiopi et son usine à gaz administrative.

Le cofinancement par l'OPCO est très variable et dépend d'un grand nombre de paramètres, comme la branche professionnelle dont dépend l'entreprise, le plafond horaire et tarifaire défini pour la branche, etc : voyez cet article. Priorité est donnée aux entreprise de moins de 50 salariés dont les OPCO financent souvent intégralement les formations, dans la limite des plafonds. A condition que l'organisme de formation choisi soit certifié "Qualiopi".

Qualiopi

Et justement, disons un mot sur Qualiopi. Cette norme part d'un bon sentiment : éviter que n'importe qui puisse proposer des formations sur n'importe quoi et n'importe comment via le CPF, ce qui n'a pas empêcher des abus. La norme repose sur 7 critères et 32 indicateurs.

Pour une société (ESN, ...) se faire certifier Qualiopi et garder cette certification n'est pas simple même si ses compétences sont reconnues sur le marché. Gérer la certification Qualiopi et gérer les prestations dans le cadre de Qualiopi, c'est une vraie compétence très administrative à développer.

Un organisme non certifié Qualiopi ne peut pas prétendre proposer des "formations" car c'est un "mot réservé" qui sous entend qu'elle est éligible aux cofinancements OPCO. L'organisme ne peut pas non plus apparaître dans le catalogue de formations du CPF, la certification Qualiopi étant requise.

L'organisme non certifié Qualipi peut par contre proposer du coaching ou de la montée en compétence facturé en régie ou en forfait : bref, ce sont bien des formations mais non éligibles au cofinancement OPCO.

Animer une formation estampillée Qualiopi, c'est une vraie galère. Le déroulement est très contraignant et très administratif avant / après la formation : c'est autant un obstacle pour la société qui propose la formation mais aussi pour l'entreprise cliente qui rame souvent à remplir toutes les obligations administratives.

Pour cette raison, soit les entreprises abandonnent l'idée de faire des formations faute d'argent, soit elles font intervenir les prestataires en mode "régie" en payant plein pot sans le co-financement des OPCO pour échapper au processus administratif du Qualiopi. Je ne dis pas que c'est une généralité mais c'est ce que j'ai constaté à plusieurs reprises.

Si je résume la situation (et si j'ai bien compris) :

  • avec l’ancienne loi DELORS, l’entreprise dépensait maximum 1,6% de sa masse salariale à la formation de ses collaborateurs : et si elle ne faisait pas, l’argent profitait à d’autres via un organisme collecteur. Donc cela garantissait que les employés bénéficiaient de formations qui répondaient précisément aux besoins de l'entreprise. Et surtout, l'employeur validait avec l'employé que la formation correspondait bien aux besoins de son entreprise.

  • Aujourd’hui l’entreprise dépense presque autant, soit 1% de sa masse salariale MAIS pour alimenter le CPF par l’intermédiaire de la Caisse des Dépôts et Consignations. Mais comme l’entreprise ne choisit PAS l’usage qui est fait de ce CPF par ses salariés, ces formations ne profitent pas forcément à l'entreprise. Si l'entreprise souhaite former sur des sujets précis, c'est "en plus", avec (ou pas) le co-financement des OPCO mais avec les lourdeurs administratives et les contraintes dans le choix de l'organisme de formation qui doit être certifié Qualiopi.

J’arrête là les explications car le sujet est réellement complexe et je n’en suis pas l’expert. La rédaction de ce seul chapitre m’a demandé un sacré effort de recherche et de rédaction et encore, il n’est pas complet et pas forcément exact : si vous êtes du métier, n’hésitez pas à compléter en commentant le post LinkedIn, toujours avec bienveillance bien entendu.


👉 BREAKING NEWS !!

Les choses vont probablement évoluer. En préparant cet article, je découvre qu'en juillet 2026 (pendant les vacances), une évolution du CPF a été annoncée par le gouvernement qui souhaite conditionner chaque choix de formation CPF à la validation par l'employeur pour un salarié en poste, ou par l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), voire France Travail.

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Comme l’explique le Ministre du travail, Jean-Pierre Farandou : " Le 'P' de CPF, nous voulons le changer de Personnel en Professionnel. Chacun pourra toujours construire son parcours professionnel, mais nous voulons désormais faire vérifier que chaque formation est cohérente par rapport aux évolutions professionnelles souhaitées par le salarié et réalistes par rapport à la réalité du marché du travail " .

Cela promet de belles bagarres avec les syndicats et des crises dans certains organismes de formations qui proposent des formations qui ne répondent pas directement aux besoins principaux des entreprises que les salariés ne pourront plus choisir aussi librement. Bref, affaire à suivre.


5/ Maîtrise de l'informatique : la grande illusion

Un jour, un dirigeant m’avait expliqué que former ses collaborateurs à Teams était parfaitement inutile car ses salariés utilisaient très bien Teams depuis la crise du COVID sans formation et sans aide. En réalité, ses équipes utilisaient Teams de la pire façon, en créant une multitude de conversations privées en lieu et place d’équipes et de canaux, ce qui expliquait la disparition régulière des fichiers, raison pour laquelle j’avais été appelé*.

*car le saviez-vous, les fichiers échangés dans de simples conversations privées sont stockés dans les OneDrive qui disparaissent quand les collaborateurs quittent l’entreprise - encore un truc qu’on apprend en formation 😉.


La messagerie Outlook n’échappe pas à la règle. Alors que je proposais une formation à Teams pour ses équipes, un manager un peu désabusé me répondait en levant les yeux au ciel « il faudrait d’abord leur faire une formation à Outlook et au calendrier, parce que là aussi, c’est pas gagné ».

On pourrait penser également que Word, Excel et PowerPoint n’ont plus aucun secret pour les salariés qui travaillent dans les bureaux, surtout les jeunes qui sont tombés dans l’informatique tout petit, comme Obélix dans la marmite de potion magique. Mais c’est (vraiment) loin d’être le cas, surtout pour les plus jeunes, comme l’explique Jean-Marc TOUZARD dans son commentaire LinkedIn. Vous pouvez me rétorquer que ce sont « de vieux outils de darons » et que ce n'est pas bien grave. Sauf que ces outils sont toujours des incontournables dans le monde de l’entreprise outils de daron ou pas. Certes, l’IA avec Copilot apporte maintenant une assistance à leur utilisation, mais disposer d’une conduite assistée dans une voiture ne dispense pas (encore) d’avoir son permis de conduire.

Parlons aussi des navigateurs internet. Un jour, on me demande de créer un portail Web complet avec SharePoint pour permettre aux collaborateurs d’y enregistrer les liens URLs vers leurs principales applications pour y accéder plus facilement, et de façon structurée (par thèmes, etc). Plutôt que de créer une usine à gaz (ce que j'aurais pourtant pu facturer très cher), j’avais recommandé que les salariés utilisent plutôt les favoris internet : simple, rapide, efficace et surtout… gratuit comme je l’explique dans cet article qui m'a été d'ailleurs inspiré par cette demande. Mais mon interlocutrice m’avait expliqué que « jamais ils [les salariés] n’arriveront à les utiliser ». On parle pourtant d’une fonctionnalité aussi vieille que le Web qui existe depuis plus de 30 ans dans les navigateurs et que même mon cher papa de 88 ans utilise tous les jours sans difficulté sur son ordinateur.

Même Windows, le système d’exploitation vedette dans les entreprises depuis quarante ans n’est pas forcément bien maîtrisé. Pendant une formation à Teams, un salarié d'une trentaine d'années rencontrait visiblement de grandes difficultés à suivre le cours. Pendant un exercice, pour lever les doutes, je lui ai demandé de « copier un fichier avec l’explorateur de fichiers ». C’est là que j’ai compris que cette personne ne savait pas faire cette opération pourtant très simple.

J’arrête là les exemples, vous avez compris l’idée.

Les entreprises pensent souvent que tout le monde maîtrise les outils mis à leur disposition. Et plus l’outil est vieux, plus cette illusion est grande.

Mais l’informatique n’est pas une science innée. Etre jeune n’est pas une garantie de maîtrise des outils, tout comme qu'être Senior ne signifie pas qu'on est forcément nul en informatique comme un yaourt serait impropre à la consommation le lendemain de sa date de péremption.

Au final, la dette informatique des salariés augmente au fur et à mesure que les outils s’empilent les uns sur les autres, ce qui n’est pas sans conséquence comme on le verra dans la suite de cet article.

Des tests existent pour mesurer le niveau des salariés, comme PIX, TOSA, E-TESTING : mais qui les utilise vraiment ? Pourtant, avant une embauche, il suffirait de proposer au candidat quelques exercices simples pour vérifier les réelles compétences de base, comme copier un fichier, envoyer un mail, créer un PowerPoint ou un fichier Excel, utiliser Teams : vous seriez surpris(e) des résultats !

Avec l'IA (notamment Copilot), la tendance à ne pas former les utilisateurs va certainement s'aggraver car les salariés (et leurs patrons) vont certainement se dire que, bah, c'est pas bien grave de ne pas maîtriser correctement les outils puisque Copilot nous aide maintenant à réaliser les opérations même les plus basiques, un peu comme on se dit qu'il n'est plus nécessaire d'avoir des rudiments de codage puisque l'IA pisse le code pour nous. Ceux qui pensent ça seront les premiers à être remplacés par l'IA.


6/ Le manque chronique de réflexion et d'explication des entreprises

Utiliser réellement et complètement les outils de Microsoft 365 c’est changer de paradigme en matière de collaboration, de communication et de gestion documentaire.

Ça nécessite de changer les règles du travail : ça impacte les processus internes de l'entreprise en modifiant la manière de collaborer sur des processus (collaboration zéro mail), comme je l'évoque dans cet article "Focus sur la nécessaire démarche d’entreprise pour réussir le déploiement de Microsoft 365"

Bref, ça se prépare, ça se réfléchit et surtout, ça s’explique aux salariés.

C'est le cas par exemple des scénarios d'usage des dispositifs que vous mettez en place : sites SharePoint, équipe Teams, communautés Engage.

Par exemple, très récemment un prospect (TPE) m'a demandé d'animer "une formation à SharePoint" à ses collaborateurs, sans plus de détail, dans le cadre de la mise en œuvre de plusieurs sites SharePoint métier. Mais former à SharePoint sans intégrer ni le contexte ni le scénario d'usage, ni la structure des sites qui sont en place dans ce contexte métier très précis, ça n'a pas de sens. J'avais donc proposé une courte préparation en amont pour comprendre et intégrer ce contexte dans une formation personnalisée et pour surtout pour bien baliser la formation pour former uniquement aux fonctionnalités utiles dans ce contexte précis.

Mais mon client insistait : pas besoin de préparation, il voulait "juste" (...) une formation SharePoint comme on demanderait une formation à Word. Bref, je n'ai pas réussi à le convaincre et il a choisi un prestataire moins regardant qui a sorti de son catalogue une formation de plusieurs jours (...) uniquement centrée sur l'outil en dehors de tout contexte métier.

La bonne approche selon moi aurait été d'orienter plutôt la formation dans l'autre sens, sur la maîtrise de SharePoint dans le contexte métier de l'entreprise avec l'objectif de rendre ses équipes 100% opérationnels dans leur travail dès le lendemain de la formation, plutôt que d'essayer d'en faire des experts de SharePoint ce qu'ils ne seront jamais.

Même situation dans le cadre de formations à Teams. Idéalement, il faut personnaliser les formations à Teams en expliquant, en plus des fonctionnalités de l'outil, la bonne manière d'utiliser Teams au sein de l'organisation. Cela consiste par exemple par expliquer l'architecture des équipes Teams mises en place (équipe de communication, projet, processus, animation de vie d'équipe, etc), les règles de bonne conduite à respecter, etc. Encore faut-il que l'entreprise ait pris le temps de la réflexion sur cette architecture, ce qui est (très très) rarement le cas. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, lisez mon livre blanc gratuit : L'ingénierie de la collaboration.

Former, c'est aussi expliquer les stratégies d'utilisation de ces outils. Ces "stratégies" peuvent être décrites dans des documents très simples qui décrivent comment l’entreprise a décidé de la façon dont on doit collaborer (avec Teams, SharePoint, etc), comment on doit communiquer (avec Teams ou Engage) et comment on doit gérer les documents, avec quels outils et surtout avec quels dispositifs (quelles équipes Teams, quels sites SharePoint, ...). Ces documents donnent également les consignes à respecter, les grandes lignes de la gouvernance, les droits et devoirs des utilisateurs (formation, rigueur, respect des consignes et de la confidentialité, etc). Bref, ce sont des guides à respecter, des cartes à suivre pour ne pas être perdu dans tout l'écosystème mis en place. Ces stratégies sont utiles pour les salariés actuellement en poste : elles sont surtout indispensables pour faciliter l'onboarding des nouveaux collaborateurs.

Les sessions de formation sont l'occasion de présenter ces stratégies et de les expliquer, d’où l’importance de proposer des formations personnalisées à l’entreprise.

Ça a l’air évident dit comme ça, mais très rares sont les entreprises qui comprennent l’importance de cette réflexion en amont et l’importance de l’explication à donner aux collaborateurs. La raison est que les décideurs n’ont pas forcément intégré les enjeux et les impacts de ces solutions sur le fonctionnement interne de leur société : lire mon livre "Le livre : les opportunités de Microsoft 365 expliquées aux dirigeants et décideurs". C’est à mon sens ce qui explique la majorité des échecs de déploiement ou en tout cas la plus grande part des non succès.

Bref, avec le temps, j'ai le sentiment que les entreprises perdent le sens des outils qu’elles utilisent et pensent qu’il n’est plus utile de réfléchir à ce qu’elles veulent faire de ces outils, et encore moins d’expliquer aux salariés.

Une situation qui tranche nettement avec ce que j’ai connu fin des années 1990 / début des années 2000 où j'ai le sentiment que c'était l'inverse. Par exemple, à cette époque il y avait des documentalistes dans les grandes sociétés qui accompagnaient les grandes directions pour bien gérer leurs fonds documentaires dans les serveurs de fichiers, puis dans SharePoint.

A la place de ces documentalistes, des experts des usages des outils (Teams, SharePoint, et autres) devraient idéalement accompagner les grandes directions pour les conseiller dans la manière de mettre en œuvre les outils collaboratifs, incluant la gestion documentaire. C'est malheureusement rarement le cas, faute de moyens ou faute de compétences internes.


7/ Les différentes façons de former les utilisateurs

Les entreprises plébiscitent une forme moderne de formation qui s'appuie sur des solutions digitales, les vidéos et l'auto-formation, en affirmant haut et fort que "les formations classiques en salle, c'est vraiment dépassé : plus personne n'en veut ".

J'apporte une nuance : les formations en salle, les entreprises n'en veulent plus. Quant aux salariés, c'est moins sûr.

En fait, l'auto-formation est une bonne affaire : les salariés se forment par eux-mêmes, sans mobiliser de formateur (donc moins cher) et si possible sans impact sur le temps de travail; c'est à dire en temps masqué (pauses, trous d'activité) ou le soir ou le week-end pour les plus engagés (j'en connais beaucoup).

Les entreprises se disent que, finalement, c'est ce que les salariés font déjà dans leur vie privée en cherchant des tutos sur YouTube pour savoir comment nettoyer leur aspirateur Dyson. Elles se disent donc que "c'est dans l'air du temps" et que c'est ça et rien d'autre, la forme moderne de la formation des salariés.

L'autoformation, ce n'est pas compatible avec tout le monde. Ceux qui parviennent à s'autoformer sont généralement les plus investis, les plus passionnés, les plus autonomes et les plus à l'aise avec l'outil informatique. Et non, ce ne sont pas forcément les plus jeunes : comme je l'explique dans cet article, être à l'aise avec les outils digitaux, ce n'est pas une question d'âge mais plutôt une question de tempérament et de profil de personnalité.

Dans une entreprise, nous avons tous des attentes différentes en termes de formation, comme me l’expliquait il y a quelques mois encore Hadrien Socard pour qui j’ai eu l'honneur de travailler et dont je me suis entièrement inspiré pour écrire cet article sur les leaders Microsoft 365 :

  • Il y a des personnes qui aiment lire des textes : on leur proposera des articles réguliers pour leur faire découvrir des fonctionnalités,

  • D’autres qui préfèrent l'autoformation avec des vidéos longues (des cours complets en une seule vidéo qu’elles regarderont en « video on demand », comme ma vidéo de formation à Teams),

  • D’autres qui sont déjà à l'aise avec les outils et qui veulent simplement se perfectionner sans perdre trop de temps, avec des vidéos courtes (des vidéos de 2 min qui font découvrir des fonctionnalités utiles), …

Mais certains salariés ont toujours besoin d'un contact humain. Ils ont besoin qu’un formateur leur explique et leur montre. Ils ont aussi besoin de « manipuler » pour expérimenter et mettre en pratique (exercices), d'échanger (et de rire) avec leurs collègues, de poser des questions et avoir des réponses. Bref, ces gens ont besoin de convivialité et de proximité. Ils ont surtout besoin d'un temps 100% réservé à la découverte de l'outil pendant une demie journée ou une journée complète, sans être dérangé par leurs collègues ou patrons, car ils savent que le temps de formation est sacré dans les entreprises. Bref, ils ont besoin d'un temps de pause pour découvrir et comprendre.

Ce temps de formation en salle, c'est aussi un moment privilégié pour faire de l'acculturation, de la sensibilisation, de la pédagogie et pour faire passer des messages sur les enjeux.

Les formations en vidéos sont pratiques mais elles ont un défaut : les utilisateurs ne trouvent jamais le temps de les regarder ou alors, ils les regardent en diagonal. Il y a une solution : réserver un temps de découverte* au sein des équipes en invitant vos collaborateurs dans une réunion d'une heure pour découvrir en commun un outil, comme Microsoft Teams au travers d'une vidéo de formation. Après chaque chapitre de la vidéo, vous pouvez faire une pause de quelques minutes pour recueillir les réactions, avis, questions, histoire de donner un peu de dynamisme. ⚠️Bien sûr, pendant cette session, ordinateurs et smartphones doivent être interdits.

*merci à mon client Pascal LICATA pour m'avoir donné cette idée que je vais recommander également à mes nouveaux clients


Et puis, il y a le contenu de la formation. Les entreprises ont le choix entre des formations sur étagère proposées par des prestataires qui enchaînent les mêmes formations pour toutes les entreprises et des formations personnalisées qui porteront les couleurs de la société mais surtout les messages importants de l'entreprise.

Dans une formation personnalisée, en plus de l’outil on y parlera des ambitions de la direction (avec une introduction en vidéo du DGA, comme je l'ai vu récemment *) des enjeux, des bonnes pratiques, des consignes, de la gouvernance, des scénarios d’usage que l’entreprise souhaite promouvoir, le tout en utilisant le langage métier pour que "ça parle" aux salariés, etc.

*bravo Alice & Philippe de CA

Bref, avec une formation personnalisée, on donne du sens à la formation dans le contexte de l’entreprise et c'est ça qui fait toute la différence.

Point d’attention : les outils évoluant à toute vitesse assurez vous que les supports reflètent les dernières nouveautés (pas facile). J'ai déjà vu des formations à Teams et SharePoint avec des captures d'écran complètement obsolètes et des fonctionnalités qui n'existaient plus.

Définir le contenu, c’est aussi définir le programme qui sera abordé pendant la formation : concernant Teams et encore plus SharePoint, définir le programme précis des points qui seront abordés est crucial tellement les sujets sont riches. Par exemple, décider d'envoyer un salarié en « formation SharePoint », ça n’a aucun sens, comme je l'ai expliqué dans le chapitre 6 : selon le périmètre à aborder une "formation SharePoint" peut durer de 2 heures à ... 5 jours !

Il faut réellement définir ce qu’on attend comme compétences à développer pour délimiter le périmètre, ce qui nécessite... de connaître SharePoint pour savoir de quoi on parle ! Idem pour Teams : expliquer l’utilisation basique de Teams n’a rien à voir avec une formation à la création et à l’animation d’équipes Teams. Ce sont deux sujets différents pour deux populations différentes, que je traite personnellement en deux sessions différentes d'une demie journée.

Enfin, le choix de l'intervenant qui animera la formation est crucial, comme je l'évoque en page 20 de mon livre blanc sur la formation Teams. J’ai déjà croisé des formateurs à Teams qui n’utilisaient pas l’outil eux-mêmes dans leur propre société et ça se ressent dans leur pédagogie : leurs formations manquent de retour d’expérience, de conseils et surtout, elles manquent de conviction profonde car certains de ces formateurs n'adhèrent pas du tout à l'outil. Pour convaincre des salariés réticents au changement, ce n'est pas l'idéal.


8/ Les conséquences d’un manque de formation

Ne pas former les collaborateurs aux outils Microsoft 365 a de nombreuses conséquences.

Ce qui frappe le plus lors d’un audit, c’est le sentiment d’abandon lié à la fois à l’absence de formation aux outils, mais aussi au manque de cadrage et d'explication sur l'intégration de l'outil dans l'entreprise. Depuis la crise du Covid, j’entends régulièrement les mêmes reproches de salariés à ce sujet : « au moment du confinement on nous a balancé Teams mais sans formation ni explication ». Bref, tout le monde doit se débrouiller et faire à sa sauce.

Ce manque d’accompagnement et de formation créé une sorte de « fracture numérique » au sein de l’entreprise, en créant deux populations qui se regardent en chiens de faïence :

  • D’un côté celles et ceux qui n’ont pas été formés et qui en sont restés aux scénarios des années 1990 (mails + serveurs de fichiers). Même s'ils sont paumés dans leurs centaines de mails quotidiens et leurs arborescences de serveurs de fichiers mal ficelée, ce statu quo leur convient très bien.

  • ... et de l’autre ceux que j’appelle dans cet article « les pionniers digitaux » qui sont celles et ceux qui font bouger la société contre vent et marée (et parfois contre leur manager plus conservateur et réfractaire au changement), qui utilisent à 100% les outils et qui pousse l'entreprise à les imiter.


N’utilisant pas les mêmes scénarios de travail, ces deux populations collaborent difficilement ensemble, ce qui crée de vives tensions.

Sans formation, une « dette informatique » se constitue au fil des années, jusqu’à devenir réellement insurmontable. Par exemple, celles et ceux qui maîtrisent mal Windows auront du mal à utiliser les outils bureautiques classiques (Word, Excel, …) et encore plus des outils plus sophistiqués comme SharePoint, Teams et autres. Moins on forme, plus les problèmes s’accumulent pour des salariés qui vont mal vivre leur incompétence informatique. Il y a aussi des impacts pour l’entreprise dont l’efficacité n'est pas optimale.

L'absence de formation fragilise les salariés face à l'IA. Dans un premier temps, les salariés non formés seront heureux de s'appuyer sur l'IA (Copilot par exemple) pour palier leurs lacunes bureautiques. Mais rapidement ces salariés aux faibles compétences bureautiques seront les premières victimes du déploiement de l'IA car ils ne parviendront pas à montrer leur plus value face à l'IA qui fera forcément mieux qu'eux.

Ne prévoir aucun accompagnement au niveau de l'entreprise c’est souvent un gâchis de moyens car les entités les plus visionnaires vont mettre en place leur propre accompagnement. Ainsi il m’arrive très régulièrement d’être engagé par une seule Direction ou un simple pôle pour accompagner leurs collaborateurs pour palier l'absence d'accompagnement global de l’entreprise. Mais les efforts à fournir pour accompagner cette petite population sont finalement presque aussi importants que pour accompagner toute l’entreprise.

Ne pas former ni accompagner les utilisateurs c’est aussi prendre le risque de développer une anarchie documentaire dans toute l’entreprise. Lors d’un audit un collaborateur me confiait déposer ses fichiers à 5 ou 6 endroits différents, ne sachant pas quel était le bon : SharePoint, Teams, OneDrive, serveur de fichiers et même pièces jointes à des mails. Définir une stratégie documentaire est un pré requis important : les formations sont l’occasion d’expliquer cette stratégie au travers des outils  (lire cet article "Focus sur la stratégie documentaire").

Ne pas former les salariés de l’entreprise à l’utilisation des outils c’est aussi s’exposer à de graves problèmes de sécurité. SharePoint est par exemple un outil puissant mais qu’il faut maîtriser un minimum en particulier sur les questions de la gestion des droits : j’en parle par exemple dans cette vidéo. Les formations aux outils comme Teams, SharePoint et OneDrive à minima doivent forcément aborder ce thème. Pour rappel, l’IA Copilot se nourrit des données accessibles à chaque utilisateur : si des données sont mal protégées elles risquent d’être utilisées par l’IA pour générer des réponses et trahir des secrets mal gardés.

Le problème de sécurité dépasse Copilot : rappelons que Microsoft 365 propose depuis dix ans un moteur de recherche global qui recherche partout et dans tous les outils en fonction de vos droits. Bref si des données sont mal protégées elles risquent de ressortir en réponses à des requêtes anodines. Petit test : dans votre entreprise, cliquez ici dans une session Microsoft 365 et recherchez le mot « confidentiel ». Vous allez peut être avoir des surprises !

Ne pas accompagner spécifiquement les managers au travers de formations spécifiques et de séminaires, c’est se priver d’un des plus importants leviers pour réussir la transformation digitale interne au sein de l’entreprise. Sans formation particulière, au mieux les managers ne seront pas promoteurs de ces solutions au sein de leurs équipes, au pire ils seront carrément réfractaires et empêcheront l’utilisation de ces solutions par leurs équipiers.

Enfin, la conséquence d’une absence de formation et d’accompagnement, c’est surtout un beau gâchis financier. Pourquoi donc investir de l’argent dans des outils si ce n’est pas pour les utiliser ? Est-ce qu'une usine achèterait une machine ultra moderne pour la laisser finalement dans un coin de hangar toujours emballée, juste pour faire l'économie de formations des techniciens ? Sans formation ni accompagnement c'est simple : il n’y aura pas d’adoption et aucun retour sur Investissement réel. Pire, le retour sur investissement peut être négatif si les outils sont mal utilisés car ils feront perdre de l'efficacité comme je l'explique dans cette rubrique consacrée au Retour sur Investissement.


Conclusion

Plus on avance, plus ça se complique, moins on explique et moins on se forme

Je trouve que cela résume bien l'article.

Quand un outil est inconnu (Loop, Lists, ...), ou qu'il est mal compris ou mal utilisé (Teams, SharePoint, ...) il n’a aucune chance d’être correctement adopté : c’est aussi simple que ça.

Quand on accompagne une entreprise, on se sent bien dépourvu quand on comprend que proposer aux salariés des formations ne sera pas possible : c’est comme partir à la guerre sans artillerie. Fort heureusement il y a des exceptions et certaines entreprises ont compris l’importance de l’accompagnement et de la formation et elles le font très consciencieusement même si dans 90% des cas, c'est un accompagnement limité à quelques outils phare, comme Teams au détriment de tous les autres.


Parfois, je repense aux années 1980 / début 1990, à l’époque de « l’informatisation des entreprises », avec l’arrivée du micro-ordinateur dans les bureaux.

Comme je le raconte dans cet article, à cette époque il avait fallu apprendre aux salariés à taper au clavier, à gérer les disquettes (puis les arborescences des disques durs), à utiliser les commandes MS-DOS, puis à utiliser Windows et sa souris, et ensuite à maîtriser la messagerie et les serveurs de fichiers avec les arborescences de dossiers, à apprendre à utiliser Word, Excel, PowerPoint, tous les outils métier et internet, le tout sur du matériel qui pouvait se révéler très instable et capricieux (écrans bleus, fatal error).

C'était un sacré challenge pour des salariés dont la plupart n’avait jamais touché un ordinateur de leur vie et un incroyable challenge en termes de formation. Et vous savez quoi, ces gens qui ont vécus tous ces changements sont les seniors d’aujourd’hui.

Alors, parfois, je me dis que si les entreprises avaient eu, à l’époque, les difficultés que nous avons aujourd’hui à former les utilisateurs à Microsoft 365, nul doute que nous n’aurions jamais quitté la machine à écrire et le fax !


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