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Les jeunes diplômés travaillent-ils comme dans les années 90 ?

January 6, 2019

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’occasion d’échanger avec trois jeunes cadres âgés de 24 ans environ, fraîchement diplômés. L’un sort d’une grande école de commerce réputée, le second d’une école d’ingénieur connue, et le dernier d’une formation universitaire bien cotée (master). 


Ces trois jeunes gens dynamiques (que je remercie ici - ce billet est écrit avec leur permission) représentent la modernité et l’avenir de nos entreprises. En bon Senior que je suis (j'ai 48 ans), j’ai voulu partager avec eux les souvenirs de "mon jeune temps" et ma vision de l’entreprise.

 

 

Le rapport de fin d’études “spiralé” 


Aujourd’hui, lorsque je dois rendre un rapport écrit, formel et officiel, je passe par un éditeur en ligne qui me produit un vrai livre, relié en couverture souple ou dure, sur papier glacé.


Non seulement le résultant est bluffant, mais en plus, l’opération de publication est ultra simple et rapide. Quelques clics, et c’est parti en impression, à un nombre d’exemplaires voulu, pour un prix qui reste modique.


En riant, je racontais à mes trois jeunes nouveaux amis mes vieux souvenirs des temps anciens pour préparer mes rapports de stage et de fin d’études, de 1992 à 1995 : les après-midis que je passais jadis dans les salles de reprographie, les photocopies en plusieurs exemplaires, la « trouilloteuse » pour perforer les pages et les « spirales » en plastique pour relier les pages entre elles. Sans oublier le magnifique transparent sur la couverture, devant et derrière, pour soigner le résultat final. Mon dieu que c'était kitch !


Mais ils ne trouvaient rien de rigolo à mon récit, parce que c’est exactement qu’ils avaient fait quelques mois auparavant pour rendre leur rapport de fin d’année. En 27 années, les choses n’avaient donc pas changé.

 

 

La collaboration dans les entreprises au 21ième siècle


Ensuite, je les ai interrogés sur la collaboration dans les entreprises. Comment voyaient-ils la chose, eux qui étaient de cette génération nées avec Internet, eux qui étaient diplômés de prestigieuses formations qui leur avaient forcément transmis les toutes dernières connaissances entrepreneuriales les plus modernes ? 


Les trois compères se sont regardés d’un air surpris, et la réponse est tombée comme un couperet : « Ben, on s’envoie des mails, pourquoi cette question ? ».


Tous les trois m’ont alors raconté leur journée type au bureau, dans leur tout nouvel emploi. Ils m’ont parlé du très grand nombre de mails qu’ils envoient et qu’ils reçoivent et surtout, ils m’ont parlé du "très pratique serveur de fichiers » (je cite) utilisé par leur équipe pour partager les documents. « C’est un peu le bazar dedans, m’a confié l’un des trois, mais on arrive à peu près à se débrouiller ». 


Ces trois jeunes cadres, tous trois diplômés de grandes écoles, tous les trois fraîchement diplômés, me racontaient finalement le quotidien professionnel qui était le mien, 27 ans plus tôt, lorsque j’étais tout jeune auditeur informatique équipé de mon PC XT 486, avec Windows 3.11 for Workgroups !!

 

Mais le plus grave n'était pas qu'ils n'utilisaient pas d'outil moderne (il faut pour cela que leur entreprise les déploie), mais plutôt qu'ils n'avaient aucune idée qu'il était possible de faire autrement.

 

 

Des jeunes diplômés qui n’ont jamais entendu
parler du digital (interne)


J’essayais de comprendre. Pour cela, je leur ai demandé ce que leurs écoles leur avaient enseigné sur le sujet. Car, tout de même, le sujet est d’importance : il s’agit ici ni plus ni moins que d’expliquer aux futurs cadres comment les entreprises communiquent, collaborent, produisent, inventent au 21ième siècle. Pas au siècle dernier.

 

De la qualité de cette collaboration dépend d’ailleurs l’efficacité de toute l’entreprise, ni plus ni moins, comme je l’ai expliqué dans ce billet “soignez votre circulation (d’informations) - cliquez ici”, que j'avais publié en... 2014.


Dans une époque d’hyper connexion, de bouleversement des rapports entre les collaborateurs et l’entreprise, d’hyper digitalisation, du big data, de transformation digitale, des réseaux sociaux, d’intelligence artificielle et j’en passe, le sujet mériterait tout de même quelques heures d’enseignement à minima. 


C’est d’autant plus important que les jeunes diplômés doivent être le fer de lance de ce nouveau mode de collaboration. Ils doivent à la fois « pousser » les entreprises vers la modernité, apporter des idées neuves et surtout ils doivent accompagner, conseiller dans cette direction car certains seront rapidement managers ou dirigeants. 


Mais rien : aucune des trois grandes écoles et université qui avaient diplômé ces trois jeunes cadres n’avaient évoqué le sujet. Ils étaient sortis "vierges" de toute connaissance du digital interne. Comme moi à leur âge, mais pour cause !


Ah si : ils ont eu des cours sur les réseaux sociaux publics et le marketing digital : on leur a enseigné l’art et la manière de mener une campagne sur LinkedIn, Twitter, Facebook. Car comme toujours, quand on parle digital, tout le monde pense aux Réseaux Sociaux grand public, jamais au digital interne qui est pourtant l'un des plus importants leviers de l'efficacité opérationnelle dans les entreprises.

 

 

Les universités et grandes écoles ne sont pas intéressées (pour le moment)


Afin d’écrire ce billet, j’ai donc contacté plusieurs écoles pour sonder le terrain. Je voulais tout d’abord savoir s’ils avaient intégré dans leurs cursus quelques heures d’enseignement sur le sujet. Ensuite, comme je suis spécialiste de la question, conférencier et auteur de livres sur le sujet, je leur ai proposé mes services pour faire découvrir le sujet à leurs étudiants mais aussi à leurs enseignants.


Aucune des écoles n'a intégré ce sujet dans leur cursus. Sur l'ensemble des intervenants, une seule interlocutrice, m’a consacré un peu de temps au téléphone et je l'en remercie. 

 

Nous avons pu discuter dix minutes.  Elle m’a dit un peu gênée : « je suis désolée, mais vous savez, ce n’est pas un sujet qui nous intéresse ».  J’ai alors demandé si elle savait au moins ce qu’était le “digital interne”. Je voulais savoir si elle en connaissait les enjeux stratégiques pour les entreprises en 2010. De façon très franche, elle m’a avoué qu’en fait, non, elle ne savait pas du tout de quoi il s’agissait.


Nous avons alors parlé de la collaboration dans les entreprises modernes. Mon interlocutrice m’a parlé du mail et du serveur de fichiers, les seuls outils qu’elle connaissait. Quant à moi, j’ai parlé de Teams, SharePoint, Yammer, Forms, PowerBI, et des outils d’Office 365 dont elle n’avait jamais entendu parler.

 

Lire mon livre blanc (cliquez ici) sur le sujet, pour tous les découvrir).

 

Mais difficile d'expliquer en dix minutes au téléphone  trente années d’évolution de la collaboration dans les entreprises. Ces outils font pourtant la différence entre le mode de collaboration des années 90 et celui des années 2020. Ils constituent de plus en plus un avantage concurrentiel entre des entreprises de même secteur d’activité, s’ils sont bien déployés. Certaines en ont pris conscience, comme par exemple GRTgaz (cliquez ici).


C’est le grand drame du digital interne dans les entreprises et (on le voit bien ici) dans les grandes écoles : le sujet n’intéresse pas les décideurs pour la simple et bonne raison qu’ils n’en ont jamais entendu parler. Et difficile de leur en parler, puisqu’ils ne sont pas intéressés. CQFD.

 

 

Souvenez-vous de la génération Y


En 2011, lorsque les Réseaux Sociaux d’Entreprise ont commencé à apparaître dans les entreprises pionnières, les experts expliquaient qu’il fallait absolument adopter ce nouveau mode de communication pour plaire à la Génération Y, ces jeunes nés entre 1985 et 2000. Je me souviens d’un grand expert de l’époque qui disait : "si vous n’adoptez pas ces outils, les jeunes diplômés iront chez vos concurrents”.

 

Foutaise. Jamais je n’avais utilisé cet argument, pour la simple et bonne raison que, dans mon quotidien d’évangéliste digital interne chez Bouygues Telecom, je ne constatais pas de mon côté une bien plus forte appétence des plus jeunes d’entre nous pour les outils digitaux en entreprise. C'était parfois même le contraire.


En 2013, je publiais même un article intitulé génération Y : mythe ou réalité?”. Dans cet article, je donnais quelques anecdotes qui montraient que les jeunes peuvent être à la fois mordus du digital dans leur vie personnelle, et complètement ignorant du digital dans leur vie professionnelle. 


En fait, ils n’ont aucune connaissance de ce que pourrait être la vie professionnelle avec les outils du digital. Personne ne leur a appris : ni les entreprises, ni leurs écoles. Ils n’en ont pas “les codes” d'usage.

 

Dans mon billet, je parle par exemple d’une jeune stagiaire, très active sur Facebook, mais complètement incompétente pour utiliser le Réseau Social d’Entreprise pour communiquer. J'évoque également ce phénomène dans mon billet publié en 2016 « Le digital, une affaire de jeunes ? ».

 

Bref, comme disait Georges Brassens dans sa célèbre chanson, « le temps n’y fait rien à l’affaire ».

 

 

La responsabilité des grandes écoles et des universités


Le déploiement des solutions digitales est compliqué dans les entreprises, petites ou grandes malgré les gains monumentaux apportés par des outils comme ceux d’Office 365 (quand ils sont correctement déployés).


Après ces échanges, je suis aujourd’hui persuadé que les grandes écoles et les Universités ont une part de responsabilité dans cette situation.


De leurs établissements devraient sortir des étudiants rompus à l’utilisation des outils dont les licences, rappelons-le, sont gratuites pour les écoles et universités. Les enseignants devraient les utiliser avec leurs élèves. Il y a de multiples cas d’usage, comme par exemple des travaux pratiques collaboratifs, ou des canaux d’échange entre les élèves et le professeur. J’ai plein d’idées si cela vous intéresse.

 

Normalement, les étudiants qui sortent des grandes écoles devraient être surpris de l’archaïsme des entreprises, toujours bloqués sur le mail des années 90. Ces jeunes étudiants devraient être des ambassadeurs d'un mode de collaboration moderne. Mais ce n'est pas le cas.

 

Eric Dronneau, professeur de philosophie, est un bon exemple de ce que pourrait être un professeur du 21ième siècle (cliquez ici pour voir un exemple). Mais Eric reste encore bien seul dans le milieu de l’enseignement. Pour tout dire, un pionnier.


Les étudiants devraient être formés à la fois à l’utilisation, mais ce n’est même pas le plus important : ils devraient être surtout formés à l’impact de ces outils sur le management d’une entreprise, dans ces années complexes où de plus en plus d’entreprises cherchent à se “transformer” pour faire face à la concurrence disruptive des startups 1000 fois plus agiles qu’elles. Et elles ne pourront pas y faire face en se balançant des mails comme on le faisait en 1990.


Il n’est pas compréhensible qu’en 2019, une école prestigieuse qui forme de futurs managers et leaders, n’explique pas aux étudiants la place fondamentale de ces outils dans une démarche stratégique de transformation d’entreprise, comme je l’explique dans ce billet “Aborder office 365 comme une démarche d’entreprise et non comme un projet IT”.


Le problème, c’est que les professeurs n’ont certainement aucune idée eux-mêmes de ces impacts, pour la simple raison qu’ils ignorent même l’existence de ces outils qui sont utilisés pourtant pour certains depuis 18 ans (exemple, Sharepoint). Ils n’en ont pas plus connaissance que les dirigeants des entreprises qui embauchent leurs élèves. La boucle est bouclée.


Je soupçonne aussi un certain conservatisme dans les écoles, le même que je constate aussi dans les entreprises, ceci expliquant cela. En effet, difficile de faire «autrement » dans une entreprise, d’apporter de la nouveauté, de changer les habitudes, d'être le "troublion" de l'innovation. Certaines entreprises recherchent ces profils ultra précieux parce que ce sont eux qui font avancer l'entreprise vers le futur, et d'autres préfèrent s'en séparer car ils sont perturbateurs d'un certain ordre établi, même cet ordre n'est plus du tout adapté à l'époque que nous vivons.

 

Ça expliquerait pourquoi de jeunes ingénieurs produisent en 2019 leurs rapports de fin d’étude, comme je le faisais moi-même 27 ans plus tôt, avec des spirales. Tout simplement parce que les étudiants font ce que les professeurs leur demandent. Et ce que les professeurs leur demandent, ce n'est pas d'innover, de surprendre, mais de suivre les consignes.


Beaucoup d'entreprises, petites et grandes se lancent dans des plans de transformation pour être en capacité de relever les enjeux du 21ième siècle tant sociétales, concurrentiels, technologiques, environnementaux, etc. Ma conviction est que rapidement, les écoles et universités vont être obligés elles aussi de s'intéresser au digital interne, sous peine d'être en incapacité de former des cadres capables d'aider efficacement les entreprises dans ce grand challenge. 

 

 

Peut-être connaissez-vous une grande école ou une université qui propose dans son cursus des cours sur le digital interne ? N’hésitez pas à me contacter pour me les indiquer avec éventuellement les coordonnées d'un contact interne. Je prépare un livre sur le sujet qui sera publié en mai, et je serai ravi d’intégrer ces contre exemples qui mettront en valeur des écoles ou universités avant-gardistes. 


Si vous êtes une école et que vous souhaitez intégrer ce sujet dans votre cursus, n’hésitez pas à me contacter pour que nous en discutions.

 

A lire en cliquant ici, ce support (réalisé avec Sway, un outil de la Suite Office 365) qui décrit ce que je peux apporter à vos étudiants et enseignants, sous forme de conférences ou de cours.

 

 

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